Julien 的个人资料Orgueil et Diététique照片日志列表更多 工具 帮助

日志


5月19日

Sur Zodiac de Fincher

Fincher, gosse élévé à l'école du clip, à qui l'on a souvent reproché d'être trop stylé, signe, avec Zodiac, son History of Violence à lui. Tout comme Carpenter, Zodiac marquera assurément un virage profond dans la carrière de Fincher. En effet, après une courte filmographie, à l'attaque sublime mais à la longueur de bouche décevante (Alien 3, sauvetage miraculeux mais qui vieillit mal; Seven, formidable premier vrai millésime; the Game, second cru sympathique mais pas à la hauteur de nos espérances; Panic Room, qui vire au vinaigre; et Fight Club, chef d'oeuvre encore trop jeune que les années sublimeront ). Bref, une filmographie honorable mais, en dessous de ce qu'elle promettait, au point qu'avant la sortie de Fight Club, on aurait pensé que Fincher était, au fond, qu'un garçon trop doué.
 
Zodiac rompt avec ce côté trop adolescent de ces films précédents. Ici, tout est en nuance, en subtilités, du velours ! Certe, la mise en scène impressionne moins souvent, plus classique, mais elle frappe fort aux instants où elle est nécessaire, avec trois scènes inoubliables (la scène d'introduction; la dispute entre le dessinateur et sa femme - symboliquement et intellectuellement géniale; enfin, la scène finale de la rencontre) , servant le récit plus que l'esthétique.
 
L'autre choix, qui fait de Zodiac un grand film est sa façon d'appréhender le  thriller. Comme History of Violence était une rupture complète avec les films de mafia (du Parrain à Casino en passant par Scarface), Zodiac est une rupture avec toute une lignée de film marqué de façon définitive par le Silence des Agneaux. Dans Zodiac, ce n'est plus le tueur en série, mythe américain et cinématographique, qui est le centre du film, mais les enquêteurs qui gravitent autour, leur vie, l'histoire de l'amérique qui défile. Le coup de génie de Fincher, c'est, au sein d'un thriller, de ne pas scruter le mal et notre fascination pour lui, mais de nous mettre en abîme  et de scruter l'âme humaine, la nôtre, faite de médiocrité, de faiblesse, mais aussi de sublime, absolu et de croyances.
 
 
 
12月30日

La hotte du Père-Noël...

... était cette année encore bien remplie (mais il faut dire que j'avais, bien entendu, été très sage). Le coffret DVD Almodovar, par ce que j'aimes les femmes, le coffret Lars Van Trier, parce que parfois, je suis cruel avec elles. Le texte Quartet d'Heiner Müller, parce qu'il faudra que je vous en parle. Du vin, Des Bienveillantes et une nouvelle plume...
Pour mes parents, une soirée dans un cabaret parisiens, pour le plaisir des yeux. Pour ma soeur, une machine a expresso, pour le plaisir des papilles. Pour ma grand-mère diabétique, une grosse boite d'excellents chocolats, car les plaisirs interdits sont les plus plaisants.
 
Joyeux Noël à tous.
12月24日

Happy Birthday Jesus

Que tu ais été celui de mes vieux livres de catéchisme ou ce frondeur des quatres évangiles découvert trop tard, que tu ais été celui de Gibson, surhumain portant avec passion et courage nos haines et misères, que tu ais été celui de Pasolini, ce révolutionnaire au visage d'ange, fascinant et troublant, que tu ais été comme celui de Scorcese, humain trop humain, si humain, que tu ais été celui de cette icone, visage souriant, que je regardais en m'ennuyant pendant les interminables messes en Pologne, que tu ais été ce corps malade, verdatre et pourrissant du retable de Grünewald, ou cet autre éclatant de lumière. Que sois celui de Warhol ou de Dürer, un joyeux anniversaire à toi, ce vieux frère avec qui je me suis tant fâché et avec qui, sûrement, je me fâcherai encore.
12月4日

The Papy'List (Brassens, Les Femmes, Mozart, Wagner, Matzneff, Fellini, Ingres, la Vie)

   
Brassens les chantait si bien, ses "copains d'abord", sûrement la plus belle chanson sur l'amitié qui n'a jamais été écrite, et qui ne sera jamais écrite, pourtant, là, sur la plage de Sète, au pied de son pin où il aurait du reposé, on se demande si les pensée de ce vieux moustachu qu'on aime tant n'irait pas plutôt à la brave Margot qu'à l'Auvergnat, s'il ne pense pas plus à la belle Hélène qu'à corne d'Auroch.
 
Les amis nous font supporter la vie, les amies nous réconcilient avec elle. Les hommes nous rendent la vie moins maussades, les femmes la subliment. Bref, les copains, c'est du Wagner, ces leitmotiv rassurants, profond, qui nous entourent, nous couvrent, nous protègent nous rassurent. C'est cette musique lourde et exigeante, qui vient de la terre, des tripes, du sol. Les femmes, c'est du Mozart, c'est un tourbillon de légèreté, qui va, vole, se joue la mort, de la vie, qui en une portée vous emporte du rire aux pleurs, puis au rire à nouveau. C'est cette musique divine, venue de nulle part et allant partout. Ces petites notes claires, magiques, évidentes.
 
A l'image de cette inoubliable scène du bordel dans de huit et demi de Fellini, dans la vie d'un homme, il n'y aura, au fond, que les femmes qui a uront réellement comptées. Ce n'est donc pas dans un "bistrot des copains" d'un Renaud, sombre troquet, où l'on y vide ses bières en ressassant les mêmes vieilles histoires qu'iront les dernières pensées d'un homme, mais dans ce tourbillon de voluptés, bordel exubérant, torrent d'émotion qui vous emmène, vous transporte, dons l'inconfort et la folie la plus totale, mystère de l'autre, abysse de l'altérité, et sera, à jamais, la plus belle scène de cinéma jamais mise sur pellicule, la plus évidente de vérité.
 
L'homme est, comme à mainte reprise Matzneff l'écrit dans son journal, definitivement tourné vers le passé. Les eaux du Léthée, un homme ne les connais jamais. A jamais elle seront présente dans son coeur de Matzneff, ces Tatiana, Francesca, Vanessa, Marie Elisabeth, Marie Agnes, ... , celles qui lui auront inspirés les plus belles pages de ces journeaux, celles qui auront compté assez pour inspirer un roman, celle qui, par le biais de la Littérature, survivront à sa mort et à l'oubli. Si l'on a un coeur de pierre, c'est pour mieux y graver des mots inaltérables. 

La femme, elle, cette Mozartienne, n'en a que faire du passé tant elle est dans le présent. Comme Pamina, elle passe en quelques notes du désespoir absolue à la joie la plus forte, tourne les pages de sa vie à une vitesse folle, les arrache à mesure qu'elle les écrit, coup d'éponge ! table rase ! une nouvelle virginité à chaque page ! carnets intimes brûlés ! Alors qu'un homme gardera de celle qu'il a aimé, chaque souvenir, photo, lettres, jusqu'au moindre morceau de papier griffoné de la mains de ces belles éernelles. Il les conservera ainsi toute sa vie, dans un coin de son coeur et de sa vie, comme le Nil de Voici Venir le Fiancé conserve dans des boites de chaussure le souvenir de ses innombrables conquètes. Enlever du mur une photo d'une amante, c'est la perdre une seconde fois. Après avoir détesté à mort une femme, un homme l'aime encore, après avoir détesté un homme, une femme l'oublie,, c'est ainsi...
 
Et pourtant, ces baigneuses du Léthée, ces incorrigibles légères, ces étranges objets du désir, nous aurons tant changé, où plutôt que changé, nous aurons rendu à nous-même, nous aurons rendu meilleur, nous aurons fait devenir ce que nous sommes, et à la fin de nos vie, ce ne seront pas aux copains, fidèle pourtant jusqu'au lit de mort, qu'iront nos pensées, mais à ces boites de chaussures, petite briques qui auront construit nos vies, à ces photos éparpillés, à ces numéros de téléphones notés sur un bout de nappe, à ces sourires fugaces, ces paires de jambes qui s'échappent, à ces doux parfums ennivrants, ses irrésistibles courbes qui auront croisées les lignes trop droites de nos vies. Toutes celle que l'on voudra revoir une toute dernière fois, ces mères, grands mères, nounous, amies, fantasmes, passantes, amantes d'une vie ou d'une nuit, initiatrices de nos premiers émois, sourires d'un coin de rue, amour de toute une vie, que l'on a jamais approché, futile d'un soir que l'on découvre aimable à volonté, scorpionne tragique, malicieuse béliers, étonnantes capricorne, inoubliable cancer, fascinante lionne, à toutes celle qui auront compter Claudette G, Marcelle M., Emylie M, Laurence A. Marilyne J, Adeline B, Anne-marie C, Julie P., Nathalie G.,  Magdalena L; E.; C.; Sophie R.; Amandine D.; L & A; G.D. ; Ariane; Nadège D.; M. ; G. ; cette australienne de Seattle; S. de Portland; Sophie; Nadine R. ; S.W.;Helene C. ; Caroline P. ;  K. ; A.
A vous toute, mon tourbillon Fellinien, mon bain Turc.
10月8日

Come on, Boy ! Have a Cigar !

 
Ah, il fallait bien un decret pour ça, il y avait urgence, pour une fois, il fallait pas perdre de temps. C'est vrai ça, on était tous à deux doigts de tous crever, là, comme ça, tac ! un claquement de doigts. Bravo au gouvernement ! Il sait agir celui-là ! Savoir frapper là où sont toutes les tares de notre pays ! Enfin, l'on va respirer ! Voilà, le sens des priorités, ne pas se laisser détourner par les faux problèmes, le financement de la sécu, il va bien finir par se régler, on verra ça au prochain gouvernement. Les dépenses public, la réforme de l'état, voilà aussi des sujets qui auraient pu détourner notre gouvernement, occulter les vrais problèmes, c'est à dire ces salauds de fumeurs qui se bousillent les poumons, les ordures ! Mais nous qui sommes pures et dans le camp des justes, on va leur mener la vie dure à ces crétins qui se font crever tous les jours, ahah. On va bien leur faire comprendre que c'est mal ! Et vite ! Dès demain, on aurait du la faire cette interdiction !  
Et la Ségolène, notre divine Madonne, qui va nous lancer le syndicalisme obligatoire, enfin une sage décision, mais il faudrait allez plus loin, des jours de grèves et de manifs obligatoire pour tout le monde !
Moi, je rêve de ce monde rempli de gens exemplaires, qui ne fume pas, ne boive qu'avec modération (un verre par jour pas plus), mettez bien leur ceinture, surtout pour les petits trajets, roule 10 km à l'heure en dessous des limites de vitesse (on est jamais assez trop prudent). D'un monde où "la fureur de vivre", ce film pornographique qui incite à l'excès de vitesse (comme s'il était grisant de rouler vite, qu'elle idée !), soit enfin interdit, d'ailleurs, son acteur principal, mort d'un accident de voiture après une vie de débauche, est l'exemple même de ce qu'il ne faut pas faire. Et le portable, cette machine à donner des cancer du cerveau, qu'on l'interdise enfin ! Je rêve aussi d'un monde plus civique,où les gens irait voter, et que l'on interdise de ne pas voter utile, c'est vrai, qui sont donc ces gens qui votent pour qui leur chante, sans se soucier des vrais enjeux ! Et puis l'on devrait jeter en prison les gens qui cuisinent au beurre, quel mépris de leur santé ! Leur cholestérol, est-ce qu'ils y pensent ! Enfin, leur tour viendra ! un jour, on aura un vrai monde où le Bien aura triomphé, un jour, on s'ennuira tous comme des rats morts dans un monde trop propre !
 
Salauds de fumeurs !
10月5日

 
 
 
 
Je me rappelerai à jamais le jour où j'ai, pour la première fois, entendu cette voix magique, pleine de tristesse et de douleurs, pleine de rage et d'énergie. Cette voix, unique, qui à chaque instant, nou semble être au bord de la rupture, qui vous transporte, vous fait tout oublier. Un jour, quelqu'un avait dit de Joplin, chaque fois qu'elle chante, on a l'impression qu'elle chante pour la dernière fois de sa vie.  La terre s'était arrêter pour moi ce matin là, c'était Ball of Chain. Sa voix à elle s'est arrêté un 4 octobre.
 

7月30日

Roger Waters, le génie et l'âme de nos vies

 

Pink Floyd, c'est comme un opéra de Mozart, un leitmotiv de Wagner, une ligne de Proust, une coupe de champagne millésimé, une poème de Baudelaire, une chanson de Brassens, un langoureux tango, un darjeeling de printemps. Lorsque l'on y a gouté, rien qu'une seule fois, l'on sait que l'on ne voudra mourir sans avoir, au préalable entendu une fois encore la flute enchantée, la mort d'Isolde, sans avoir relu le passage de la petite Madeleine ou l'Albatros, sans avoir reposé à nouveau ces lèvres sur ces si doux breuvages ou siffloter encore et toujours les copains d'abord. Et ne pas mourir sans réécouter The Wall... 

7月23日

Amoureux de Paname

"Paris je t'aime", qui n'a pas murmuré ces mots, un jour, trainant dans les allées du Luxembourg, buvant un verre le soir au Marly, fllânant sur le pond des arts en Hiver. Le Paris du film était de le faire crier à la caméra d'une dizaine de réalisateur. Le résultat, lui, n'échappe pas aux deux défauts de ce genre de production. Tout d'abord, l'inégalité évidente entre les différents cours métrage, allant du petit bijou comme celui des frères Cohen à une sorte de spot de pub issu d'une campagne de sensibilisation de  l'éducation nationale pour celui des quais de Seine. Le second est le côté parfois un peu artificiel de certains, qui au fond auraient pu être tournée dans n'importe quel quartier, le lieu n'intervenant à aucun moment dans le scénario du court métrage, ce qui hélas, était un peu le pari du film. Cependant, le tout est merveilleusement bien monté, forme un tout très cohérent (ce qui n'était pas gagné d'avance) et se laisse regarder avec un plaisir certain.  
5月1日

autour de "V comme Vendetta"

 
 

"C'est moi seul que l'histoire jugera"

 

Philippe Pétain.

 

 

Ce qui choque, c'est toujours le terrorisme des autres, les terrorisme des gens de notre camp, cela s'appelle de la résistance. Spielberg, dans son Munich, a su bien cerner ce problème. Qu'est-ce qui discerne les terroristes qui ont perpétrés les attentats de Munich des agents du Mossad chargé de leur mission vengeresse ?

Il n’y a, en fait que le Temps et l’Histoire qui choisi qui sont les salauds et qui sont les héros. La morale est toujours du côté des vainqueurs.

 

Et ce que René Char n’a jamais pardonné aux nazis[1], c’est avant tout de l’avoir forcé à se radicaliser, à être « un mobilisé perpétuel, un maquisard à plein temps, un combattant et rien d’autre. Il leur reproche l’invasion monstrueuse de son être par la résistance et de sa raison par la pensée binaire (…) La radicalité, pour René Char, fait partie du mal que Hitler a introduit dans le monde.» V. est un monstre, comme il le dit lui-même à Nathalie Portman, un monstre créé par des monstre, violent, assassin, terroriste, tortionnaire tout comme eux. Si ainsi il n’y a pas de différentiation d’un monstre l’autre, alors le Mossad vaut bien les martyres kamikaze, la radicalité de Ben Laden, du Che, des Nazis, d’Action Directe et de René Char se valent bien. Et si la morale est du côté des vainqueurs, alors elle aurait tout autant pu être du côté des Nazis s’ils avaient gagné la guerre comme l’avait imaginé K. Dick[2]. La démocratie serait le meilleur des mondes parce que nous avons gagné la guerre. Tout cela ne serait donc que conjecturel. Voilà l’atroce conclusion à laquelle aboutit cette dialectique relativiste. Rien ne nous différentie de la barbarie des autres sinon, qu’à un moment de l’histoire, nous avons pris le pas sur eux. Nous sommes moins barbare que les autres car nous avons gagné. L’Histoire aurait-elle pu juger Philippe Pétain autrement ? Insupportable idée.

 

Voilà donc pourquoi il est nécessaire de rompre avec le Relativisme, cette peste moderne et croire encore que l’Histoire a un Sens. Que si l’Occident, démocratique, né de la triple racine Gréco-romaine, Judéo-chrétienne et des Lumières, s’est imposée  aujourd’hui au monde, si la démocratie a vaincu tour à tour la monarchie absolue, le nazisme et le communisme, demain, l’Islam radical, comme le prophétise Houellebecq[3], ce n’est en rien en hasard mais le sens de l’Histoire. Nos démocraties que nous trouvons si pâlichone valent bien mieux que tout le reste. Cette occident que l’on décrit si belliqueux et auteur de tous les maux, a pourtant inventé l’Universel et la séparation du politique et du religieux, a supprimé l’esclavage, a rendu tous les hommes libres et égaux en droits et en devoirs.

 

En ce sens, c’est donc faire preuve d’une grande naïveté ou d’une grande bêtise que de reprocher à ce film d’être  une apologie du terrorisme, de voir en ce V. un autre Ben Laden[4]. Ce serait comme reprocher aux résistants d’avoir assassiner des nazis, car il n’y a pas de doute ni d’ambiguité sur la nature du régime qui règne en Angleterre dans le film. Le Monde se trompe en disant que « Faire sauter les deux Chambres du Parlement britannique et Big Ben à l'aide d'une rame de métro pleine d'explosifs fabriqués à la maison est une tâche réservée aux méchants de cinéma. » 

 

Et l’on oublie trop souvent que la démocratie n’est pas née sur une table proprette. Notre « Liberté, liberté Chérie » est née à coup de Guillotine et de sang impur abreuvant les sillons. Les Etats-Unis sont nés, comme la si bien montré Scorsese dans son Gang of New York, dans le sang et la boue, c’est après trois guerres et une Europe exsangue qu’est née l’Union Européenne. Et s’il y a eut cette révolution des oeuillets, si chère à Maria de Medeiros[5], ce n’est, ne nous y trompons pas, l’exception qui confirme la règle. Pour Sartre, « tout est guerre, (…) même la paix, la splendeur du monde, la grâce des corps ou le secret des visages sont imprégnés de cette violence constitutive. ». Et c’est parce que V. nous rappelle que notre monde trouve sa source dans cette violence qu’il pose problème.

 

Ce V. qui, aux premières images ne nous inspire qu’une certaine méfiance – il faut l’avouer, son entrée en scène est un ratage complet – finit par séduire lorsque l’on découvre sa demeure, sorte de caverne d’Ali Baba qui tient autant d’un musée que d’un vieux grenier, avec ces piles de livres de bouquiniste, ces vieilles armures, son juke-box. Un petit lieu plein de nostalgie et de bonheur. Alors on ne résiste plus à son hôte, ce nihiliste, romantique et mystérieux, qui joue avec ce masque, qui pourtant nous semblait si ridicule quelques minutes plus tôt, et qui nous apparaît alors si évident à chaque plan, tour à tour, rassurant, inquiétant, terrifiant, joyeux ou mélancolique. Ce héros, qui comme les Batmans et Zorro qui ont marqué notre enfance et nos récente soirées de cinéma, lutte en marge de la loi. Le Justicier luttant, en marge de la loi, contre un état corrompu, lorsque les autorités ne peuvent plus rien, tout le monde en a un jour pris un comme modèle. Il est donc logique d’être séduit par ce V contre big brother, quoique…

 

Il y a, dans cet état fasciste, de l’Hitler et du Berlusconi, du Mussolini et du Bush. Amalgame facile et c’est sûrement le plus gros grief que l’on pourra faire à ce film. Là où Orwell dans 1984, ou encore Huxley dans le meilleur des monde ou Terry Gilliam dans Brazil nous parle du totalitarisme, les frères Wachowski, bien que l’histoire se déroule dans un hypothétique Londres, nous parle expressément de Bush et de l’administration républicaine, de la guerre en Irak et de Fox News. Plus de finesse aurait donné au film sûrement plus de portée. Voilà le reproche que l’on trouverait à faire. Mais l’on oubliera cette fausse note.

 

Il reste de très bons seconds rôles, une réalisation, parfois un peu trop stylée, mais efficace et qui sert le récit, pour finir de nous emballer. De l’action, juste ce qu’il en faut. Surtout quantité de grands moments de cinéma, les chiffres romains sur les portes de prisons, la sortie de Evey hors de la prison, ce dernier baiser qu’elle laissera sur le masque de céramique.

 

Et surtout cette fin, superbe, de ce Londres empli de tous ses hommes masqués, indifférentiables, qui ne sont pas sans rappelé « The Wall » d’Alan Parker. Explosion des images et de la musique alors que tombe tous les masques, ces regards tournés vers la caméra et qui nous interroge. Cette fin n’est pas sans rappeler celle du Crépuscule de Dieux[6], dans la mise en scène de Patrice Chéreau. Alors que Brünehilde se jette dans les flammes qui montent au Walhalla, détruisant les dieux et une époque, le chœur, ce peuple « asservi et manipulé » dira Patrice Chéreau, se tourne vers le public, l’un après l’autre, d’un air interrogateur. « Fin optimiste, fin pessimiste, là n’est pas la question » dira Pierre Boulez. En effet, ce monde de la mort de Dieu, on aurait bien tort de s’en réjouir[7]. Brünehilde livre aux Hommes un monde libéré des idéaux et des doctrines, pour le meilleur et pour le pire. Le monde moderne est sans moral, il sera ce que nous en ferons.

 

Ici, le corps inanimé de V. remplace dans le bûcher celui de Siegfried, le peuple Londonien remplace le chœur de Wagner, Big Ben remplace le Walhalla, et c’est Nathalie Portman qui déclenche le grand incendie, avec un symbole s’écroule un monde, en naît un nouveau.

 



[1] Cité par Alain Finkielkraut – Une Voix vient de l’autre rive.

[2] Philip K. Dick – Le Maître du Haut Chateau.

[3] Michel Houellebecq – La Possibilité d’une île.

[4] Point intéressant dans ce film, il est dit qu’il y aurait deux moyens d’attaquer le parlement : par une attaque aérienne ou par le métro. Référence directe au 11 septembre, et qui différencie ainsi ce V. des Kamikazes islamistes.

[5] Capitaine d’Avril de Maria de Medeiros, sur la révolution au Portugal.

[6] Der Ring des Niebelungen, Wagner. Direction de Pierre Boulez, Mise en Scène de Patrice Chéreau. Disponible en DVD chez Deutsch Gramophon.

[7] Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra.

4月25日

Inside Man de Spike Lee

Qu'il s'agisse d'une petite comédie (She hate me) ou de l'éternel hold up parfait (Inside Man, actuellement sur les écrans), l'art de Spike Lee est à la fois d'arriver à un faire des films personnels, intégrant toutes les problématques qui lui tiennent à coeur,ses obsessions, ses combats, et des petits bijoux du genre.
Cet art, de faire du film de genre et d'auteur, où excellait tant Kubrick.  
Ainsi, si She hate me était une comédie fort réussie, c'était aussi un film qui nous parlait de notre société post-moderne, de la famille, de la parenté, mais aussi de l'argent, de la corruption.
De même, Inside Man nous dépeint, en quelques plans, toute une société, ses modes de vie, de pensée, ses fantômes, son racisme ordinaire, ses questions existentielles (peut-on racheter son âme ?), ses petits moments de vie, son histoire. Et pourtant, le film reste un film à suspence et rebondissement parfaitement maîtrisée,sans aucune fausse note, tout s'enchaîne simplement et où l'on ne s'ennuie pas une seule minute. Mais il est bien plus qu'un Ocean Eleven de Soderberg, qui lui ne se résumait qu'à cela. 
 
 
2月5日

L’Histoire (douteuse) de la Violence. (sur Munich de Spielberg)

Spielberg est l’un de ces cinéastes qui me laisse dubitatif. Un cinéma qui éveille en moi un engouement sans limite et des déceptions tout aussi profondes, la ferveur autant que l’ennui. Un cinéma plein de génie et de paresse, plein de coups de maître et de coups dans l’eau. Il y a Indiana Jones dans la main gauche et le Monde Perdu dans la droite. L’une a une écriture superbe, l’autre griffone à la va-vite. Munich, c’est la bonne main.

 

La Bonne Main de Spielberg.

 

Et cette bonne main de Spielberg, elle sait déplacer la caméra comme presque personne, il n’y a qu’à regarder ces plans superbes, ces travelings somptueux, et cette caméra, si fluide, qui virevolte, se pose là où l’on ne l’attend pas, capte la lumière comme personne. Un film cinématographiquement passionnant donc, non seulement parce que les plus beaux cadrages de Spielberg si bouscule, mais aussi parce que le film fourmille de parti pris osé. La scène de la prise d’otage, filmée en abîme, est saisissante.

Et il y en aurait d’autre à citer ainsi, dans l’une des dernières scènes, s’intercalent les images du couple faisant l’amour avec celle de l’assassinat des otages. Il y a une force, une intensité, un souffle dans tout cela.

 

On a reproché principalement au film deux choses, tout d’abord de ne pas respecter l’histoire officielle. Que les historiens laissent donc au cinéaste le cinéma. Comme si cela avait en soi une quelconque importance. Je ne souscris pas non plus aux voix (cf Liberty Vox ; ainsi. présenter les de parlant, moralement temps, second un dans et intellectuellement cinématographiquement intéressant, plus bien est il contraire, qu’au Alors famille. une histoire on complaisance, avec filmés sont terroristes que fait le argumentant l’entende, où sens pas moins, du ou antisioniste, pamphlet film ce en vu ont qui>

Tout comme « La Chute » - le grand chef d’œuvre de l’année dernière – montrait un Hitler humain, il est nécessaire ici de montrer le visage humain de la barbarie. Faire cela, c’est appréhender la réalité du monde. [1]

En effet, on peut poser des bombes et aimer la poésie, on peut commanditer des attentats d’une main et  traduire « les milles et unes nuits » - sûrement ce que le monde musulman a créé de plus beau – de l’autre, on peut torturer en écoutant Richard Strauss, aimer le viol , l’ultra violence et Beethoven, tuer 6 millions de juifs et être gentil avec sa secrétaire. Bref, si le Bien est peut-être divin, le Mal est avant tout humain.

 

Le Flou du Discours.

 

Alors, Munich, chef d’œuvre absolu, enfin de Spielberg ? Hélas non, le malheur de Spielberg est qu’on ne peut le prendre au sérieux que dans le divertissement, les sujets lourds ne lui vont guère. et s’il y a, chez lui, maîtrise prodigieuse de la caméra, la maîtrise du discours est, elle, bien souvent laborieuse – il n’y avait qu’à voir son Ryan, où seule la scène inoubliable du débarquement sauve un film sans aucun intérêt. Et Munich, n’échappe pas à cette fatalité.

Car si pourtant Spielberg a raison, cent fois, mille fois, de donner un visage humain au mal et de laisser entrevoir la part d’ombre du bien, il en arrive, par excès, à finir par relativiser ces notions de bien et de mal. Munich devient alors un film amoral.

 

En effet, Spielberg se laisse prendre au même piège que Gus Van Sant et son Elephant : à force de vouloir éviter de prendre position, on finit par ne dire plus rien. A force de tout remettre en cause, on n’affirme plus rien, a force de poser des questions sans oser donner de réponses, on est tenté de mal répondre.

Alterner, par exemple, la liste des personnes assassinées avec celle des personnes à assassiner, crée un effet cinématographique très réussi. Mais l’on se pose la question du sens. Que signifie cette scène ? Doit on l’interpréter comme un droit à la justice pour chaque victime, ou signifie-t-elle plutôt qu’il y a une indifférenciation entre les victimes et leurs bourreau ?   La réponse, sur l’instant, ne nous apparaît pas. Elle ne nous apparaît pas tout au long du film. Un malaise s’installe alors.

L’exemple le plus flagrant est cette question, passionnante au demeurant : qu’est-ce qui différencie le meurtre commis par les terroristes du meurtre commis par les agents du Mossad. En refusant de répondre à cette question, on laisse la possibilité d’une réponse, moralement insoutenable : rien. En ce sens donc, le film n’est pas ouvertement antisioniste mais c’est l’absence de prises de position claires qui le rend douteux.

Ne pas répondre, c’est déjà mal répondre. Parce que Spielberg pose la question de l’absurdité du combat de ces agents du Mossad contre les terroristes sans y répondre, on conclut, par défaut, à l’absurdité de ce combat.

 

 

 

Il émerge donc du film cette idée, d’une rédemption possible sans châtiment, sans punition, sans jugement dernier. Il y a un contre-pied du schéma scénaristique classique, allant de Scarface au Parrain, des Affranchis à Boogie Night où le pécheur finit toujours par payer, même s’il a décidé de devenir bon.

Dans « An History of Violence », Cronenberg rompait déjà avec ce schéma moral, en présentant un héros, qui ayant refait sa vie après un passé douteux est rattrapé un jour par celui-ci.

De même, dans Munich, punir un assassin devient un acte absurde, il y a un renoncement au châtiment. Une immoralité du point de vue occidental.

Mais là où Cronenberg place cette amoralité  dans un fait divers, situe cela dans un bled paumé d’Amérique et indexe cette histoire comme une anecdote, bref nous raconte une histoire de violence. Spielberg lui, essaye de nous raconter l’Histoire de la Violence. Relie le passé du siècle à la bougie de cette immoralité et donne par défaut, raison à la barbarie.

 

L’amoralité ou l’immoralité au cinéma ne m’a jamais choqué, bien au contraire, non seulement le cinéma, et l’art en général a le droit d’être immoral, mais je dois même avouer avoir un plaisir particulier à voir triompher le mal,  à prendre le parti des salauds, à m’attacher bien plus à Alex qu’à Scarlet O’hara, à préférer les ados de Larry Clarke à ceux des Choristes. Mais cette immoralité, cette apologie ou esthétisation du mal, est toujours le fait de destins individuels, de personnages de fiction, des abstractions. Ces terroristes  que Spielberg refuse de condamner, ont eux, un nom, une chair, une réalité. Leurs victimes également. C’est à l’instant même où l’on s’inscrit dans le réel et non plus dans sa représentation que l’immoralité pose problème, et que le film de Spielberg ne devient plus supportable.

 

Au fond ce film serait à coup sûr le plus grand, le plus ambitieux, le plus réussi de ses films s’il aurait raconté une autre histoire que celle de Munich, s’il n’avait pas cette prétention à s’inscrire dans la vérité historique et actuelle, bref, s’il n’inscrivait pas au générique « inspiré de faits réels ».

Munich, cinématographiquement passionnant et moralement insupportable.

 

 

 

[1] On relira, à ce propos l’article de Pierre Cormary dans le journal de la culture n°13 dont je recopie ici la conclusion : « Nous qui croyons à l’art, nous croyons que seule la tragédie grecque ou élisabéthaine nous permet d’appréhender la tragédie du monde, nous estimons que seul le grand tableau, le grand livre ou le grand film est celui qui sait restituer le réel dans sa terreur et sa justesse ; nous qui prenons vraiment l’art au sérieux, nous croyons qu’il peut nous édifier vers le bien, mais que le mal se comprend, se corrige et se soigne par le mal. »

12月18日

L'autre est différent - Sur Lost in Translation de Sofia Coppola

L'autre n'est pas moi, l'autre est différent. Voilà ce que nous dit la caméra de Sofia Copola. Celle-ci, dans Lost in Translation ne sait pas filmer les lumières de Tokyo, comme Scorcese filmait les nuits new yorkaise dans Taxi Driver, comme Brassai photographiait Paris, comme les anges de Wender évoquent Berlin. Il n'y a pas ce regard chaleureux, amoureux et profond qui fait vivre au spectateur sa ville, son quartier, ses rues, qu'elles soient de naissance ou d'adoption. Le Tokyo de Sofia Coppola est comme le voit ces deux personnages, froid, inconnu, et distant, les lumières de cette métropoles, ce sont les néons et non les bougies. Tokyo, c'est l'étranger, au sens strict du terme. Une bulle, une monade qu'elle voit évoluer devant ses yeux sans même y interférer. Elle ne vit pas cette ville mais la regarde, la scrute, l'interroge, plus perplexe que fascinée, plus spectatrice qu'actrice,. Sûrement la scène du film qui témoigne le plus de cela, lorsque l'héroïne avoue au télépone à sa mère être allée dans un temple Japonais et de n'avoir rien ressenti. Une de ces scènes évidentes et qui dit tout. Pour Scarlet Johannsen, le double à l'écran de Sofia Coppola, l'étranger c'est l'autre, c'est celui qui n'est pas moi.

 

Mais comment pourrais-t-il en être différement, face à un pays que l'on ne connait ni ne comprend, et que l'on connaîtra ni ne comprendra jamais assez. Euphémisme pour dire que l'on ne le connaîtra ni comprendra jamais vraiment.

 

Car si nos héros sont perdus par la langue, ils ne le sont pas que par cela. Ou plutôt si, car la langue, c'est finalement tout. S'il n'y a qu'un message à retenir de ce film, c'est celui-ci.. Effectivement, il est de bon ton, à notre époque, de minimiser les différence entre les peuples, et finalement, à réduire cette différence au seul problème de la langue. Or, quoi de plus fondamentalement implanté dans le quotidien, l'histoire et la culture d'un peuple que sa langue ? Et donc n'avoir pas la même langue, c'est n'avoir ni la même histoire, ni la même culture, et plus que ça, c'est n'avoir pas non plus la même manière de voir le monde.

 

"Un des premiers effets du voyage consiste à renforcer ou créer des préjugés raciaux; car comment imaginerait-on les autres avant de les connaître ? Comme identique à soi, cela va sans dire ; ce n'est que peu à peu qu'on prend conscience que la réalité est légèrement différente". Michel Houellebecq faisait ainsi parler l'un de ces personnages dans Plateforme. Extremiste, Houellebecq, non, terriblement, diablement réaliste. Sofia Coppola prend le contrepied de la mode zen/fascination de l'orient qui sévit chez nous. Les japonais ne sont pas des occidentaux qui auraient comme seul différence avec nous de manger des suschis, jouer aux jeux videos, et faire de la méditation dans des temples zen. Et si je trouvais excesive la critique que faisais Bruckner de Disneyland (car finalement, n'est-ce pas le rôle d'un parc d'attraction de nous vendre, l'espace de quelques heures, un monde édulcoré et merveilleux), finalement celle-ci tombe à point nommé pour pointé un certain travers de notre époque.

" L'entreprise d'édulcoration culmine à Fantasyland dans l'attraction "untout petit monde", hymne à la douceur des enfants de la planète (...) sur chaque berge, des poupées vêtues de leur costume national dansent et chantent des ritournelles exaspérantes dans des décors représentants leur pays d'origine '(...). Qu'il s'agisse d'une collection de poncifs n'a d'ailleurs aucune importance. L'essentiel est d'exorciser la violence des coutumes distantes, l'essentiel est de célébrer l'étranger sans qu'il parraisse étrange."

Ainsi, à force de réduire le Japon à ce qui chez nous, rappèle le Japon (n'a t-on tout un chacun meubles, tasses à thé et autre fausses estampes) ne finissons nous pas par confondre le Japon importé et occidentalisé (le cheese maki) avec le Japon lui-même.

Encore faudrait-il lire Tanizaki et son éloge de l'ombre - ou un stupeur et tremblements de Nothomb - pour comprendre qu'un appartement avec déco japanisante n'a rien à voir avec une maison traditionnelle Japonaise et mettre en lumière ce défaut de notre époque moderne, celui de ne retenir de l'étranger que ce qui finalement s'intègre à notre mode de vie, ce qui nous est positif, et l'on prend soin d'ignorer ce qui pourrait nous heurter. Bref, l'on rejette le barbare (au sens étymologique du terme). Car , si ce qui, pour nous représente l'étranger, s'intègre à notre monde, c'est que l'autre est comme nous. Voilà l'une des illusions moderne. Les clichés, c'est le bonzaï qui cachent la forêt. 

Lorsque l'on est à l'étranger, et que l'on cherche, quelque part à entrer dans la culture de l'autre, à s'interresser réellement à l'autre, c'est alors que tout nous apparait alors différent. Alors que l'on croit s'attendre à un autre qui nous ressemble, à ces quelques exentricités près (les Français boivent du vin, les allemand de la bière), on rencontre un autre qui est différent en tout point, et dont ces excentricités ne sont que les signes les plus apparents. Alors que l'on s'attend à des différences futiles ou folklorique, on se retrouve face à des différences profondes, façonnées par des siècles d'histoire et de tradition, et qui quelque part nous échappe, car elles sont si omniprésente (si intégré dans le quatidien des gens - mode de vie, architecture, éducation) qu'on a du mal à les décrire. Cette perplexité est traduite avec finesse par ces longs plans où la jeune fille scrute sa fenêtre, cherchant à comprendre ce qu'il y a de si différent, de si profondément différent dans cette ville que la vue générale ne saurait distinguer de Los Angeles ou New York. En gros l'autre est comme nous, de loin, sa ville est comme la nôtre, son monde c'est notre monde. Ce n'est qu'en regardant de plus près, en s'intéressant aux détails, bref, en s'interressant à l'autre (son mode de vie, ses valeurs, son univers, son histoire) que commence à nous apparaître en quoi il nous est si différent dans chaque détail. 

Voir l'autre différent de soi, ce n'est pas une marque de racisme, mais une marque d'interêt. Contrairement à ceux qui les entoure (le mari photographe...) les deux personnages de Sofia Copola s'intéresse eux au pays qui les accueille (elle regarde encore et toujours par la fenêtre pendant que son mari prépare son matériel photo frénétiquement, comme il l'aurait fait à Los Angeles). Et c'est pour cela, finalement, qu'elle n'y trouve pas sa place (déjà que de NY à LA, elle confie à Murray n'avoir que difficilement supporté s'être acclimaté). Cette hostilité de l'univers qui les entoure va rapprocher ces deux êtres qui seraient resté indifférent chez eux. Bill ne la remarque parce qu'elle est la seule européenne dans la foule. A circonstance exceptionnelle, rencontre exceptionnelle.

 

On pourra, bien à tort, reprocher l'accumulation de clichés et autre lieux communs dont le film fourmille à tout instant. Mais la Coppola Fille, joue malicieusement avec eux,  avec une grande justesse même parfois.  Si, dans l'Auberge Espagnole, (ce très grand petit film dont je vous reparlerai), l'on critique par instant les généralités rapides, on retombe pourtant volontairement dans ces mêmes clichés cinq minutes plus tard. Coppola a compris, tout comme Klapisch, que le cliché est un mal nécessaire auquel chacun d'entre nous se raccroche et finalement retombe à la première occasion.

 

Ce déracinement, cette ennui, Bill et Scarlet y échaperont, l'espace d'un temps fini. Le seul moyen que Bill et sa copine trouveront finalement pour avoir un peu de joie dans ce monde hostile, est, de prendre le total contrepied de leur mode de pensée qui les particularisait. Abandonner tout espoir de comprendre et de s'intégrer à ce monde.Vivre au Japon plutôt que vivre le Japon, se moquer de ses lois, de sa morale, de ses coutumes, de ses étrangetés. Nos deux héros l'auront compris et l'espace d'une soirée, deviendront ce petit denominateur commun entre les deux cultures. Un dénominateur très mince.

Ils passent du statut d'occidental à celui de citoyen du monde, entité vide et superficiel, sans racine, mais à l'aise partout. A l'instar des héros de Klapisch, qui s'inventent l'espace d'une parenthèse, d'une soirée, d'une année, d'une vie un statut d'Européen.

 

Et puis, il y a cette réalisation si agréable, ces images léchées qui nous avaient déjà envoutées dans Virgin Suicide, Et même si l'on regrettera que Sophia Coppola, ne peut pas filmer avec justesse et beauté un monde qui lui est étranger (Wiliam Klein est devenu New Yorkais pour photographier New York, Parisien pour photographier Paris; Doisneau s'est approprié le Paris des banlieues, des guinguettes et des écoles, qui n'était pas son monde à la base, pour savoir le représenter.), des scènes tiennent parfois du sublime, de l'inoubliable par instant.un couple allongé sur le lit se carressant le pied ; l'héroïne dans sa chambre ; intimité et petite culotte rose.

 

Papy