Julien's profileOrgueil et DiététiquePhotosBlogListsMore Tools Help

Blog


    May 19

    Sur Zodiac de Fincher

    Fincher, gosse élévé à l'école du clip, à qui l'on a souvent reproché d'être trop stylé, signe, avec Zodiac, son History of Violence à lui. Tout comme Carpenter, Zodiac marquera assurément un virage profond dans la carrière de Fincher. En effet, après une courte filmographie, à l'attaque sublime mais à la longueur de bouche décevante (Alien 3, sauvetage miraculeux mais qui vieillit mal; Seven, formidable premier vrai millésime; the Game, second cru sympathique mais pas à la hauteur de nos espérances; Panic Room, qui vire au vinaigre; et Fight Club, chef d'oeuvre encore trop jeune que les années sublimeront ). Bref, une filmographie honorable mais, en dessous de ce qu'elle promettait, au point qu'avant la sortie de Fight Club, on aurait pensé que Fincher était, au fond, qu'un garçon trop doué.
     
    Zodiac rompt avec ce côté trop adolescent de ces films précédents. Ici, tout est en nuance, en subtilités, du velours ! Certe, la mise en scène impressionne moins souvent, plus classique, mais elle frappe fort aux instants où elle est nécessaire, avec trois scènes inoubliables (la scène d'introduction; la dispute entre le dessinateur et sa femme - symboliquement et intellectuellement géniale; enfin, la scène finale de la rencontre) , servant le récit plus que l'esthétique.
     
    L'autre choix, qui fait de Zodiac un grand film est sa façon d'appréhender le  thriller. Comme History of Violence était une rupture complète avec les films de mafia (du Parrain à Casino en passant par Scarface), Zodiac est une rupture avec toute une lignée de film marqué de façon définitive par le Silence des Agneaux. Dans Zodiac, ce n'est plus le tueur en série, mythe américain et cinématographique, qui est le centre du film, mais les enquêteurs qui gravitent autour, leur vie, l'histoire de l'amérique qui défile. Le coup de génie de Fincher, c'est, au sein d'un thriller, de ne pas scruter le mal et notre fascination pour lui, mais de nous mettre en abîme  et de scruter l'âme humaine, la nôtre, faite de médiocrité, de faiblesse, mais aussi de sublime, absolu et de croyances.