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May 01 autour de "V comme Vendetta""C'est moi seul que l'histoire jugera"
Philippe Pétain.
Ce qui choque, c'est toujours le terrorisme des autres, les terrorisme des gens de notre camp, cela s'appelle de la résistance. Spielberg, dans son Munich, a su bien cerner ce problème. Qu'est-ce qui discerne les terroristes qui ont perpétrés les attentats de Munich des agents du Mossad chargé de leur mission vengeresse ? Il n’y a, en fait que le Temps et l’Histoire qui choisi qui sont les salauds et qui sont les héros. La morale est toujours du côté des vainqueurs.
Et ce que René Char n’a jamais pardonné aux nazis[1], c’est avant tout de l’avoir forcé à se radicaliser, à être « un mobilisé perpétuel, un maquisard à plein temps, un combattant et rien d’autre. Il leur reproche l’invasion monstrueuse de son être par la résistance et de sa raison par la pensée binaire (…) La radicalité, pour René Char, fait partie du mal que Hitler a introduit dans le monde.» V. est un monstre, comme il le dit lui-même à Nathalie Portman, un monstre créé par des monstre, violent, assassin, terroriste, tortionnaire tout comme eux. Si ainsi il n’y a pas de différentiation d’un monstre l’autre, alors le Mossad vaut bien les martyres kamikaze, la radicalité de Ben Laden, du Che, des Nazis, d’Action Directe et de René Char se valent bien. Et si la morale est du côté des vainqueurs, alors elle aurait tout autant pu être du côté des Nazis s’ils avaient gagné la guerre comme l’avait imaginé K. Dick[2]. La démocratie serait le meilleur des mondes parce que nous avons gagné la guerre. Tout cela ne serait donc que conjecturel. Voilà l’atroce conclusion à laquelle aboutit cette dialectique relativiste. Rien ne nous différentie de la barbarie des autres sinon, qu’à un moment de l’histoire, nous avons pris le pas sur eux. Nous sommes moins barbare que les autres car nous avons gagné. L’Histoire aurait-elle pu juger Philippe Pétain autrement ? Insupportable idée.
Voilà donc pourquoi il est nécessaire de rompre avec le Relativisme, cette peste moderne et croire encore que l’Histoire a un Sens. Que si l’Occident, démocratique, né de la triple racine Gréco-romaine, Judéo-chrétienne et des Lumières, s’est imposée aujourd’hui au monde, si la démocratie a vaincu tour à tour la monarchie absolue, le nazisme et le communisme, demain, l’Islam radical, comme le prophétise Houellebecq[3], ce n’est en rien en hasard mais le sens de l’Histoire. Nos démocraties que nous trouvons si pâlichone valent bien mieux que tout le reste. Cette occident que l’on décrit si belliqueux et auteur de tous les maux, a pourtant inventé l’Universel et la séparation du politique et du religieux, a supprimé l’esclavage, a rendu tous les hommes libres et égaux en droits et en devoirs.
En ce sens, c’est donc faire preuve d’une grande naïveté ou d’une grande bêtise que de reprocher à ce film d’être une apologie du terrorisme, de voir en ce V. un autre Ben Laden[4]. Ce serait comme reprocher aux résistants d’avoir assassiner des nazis, car il n’y a pas de doute ni d’ambiguité sur la nature du régime qui règne en Angleterre dans le film. Le Monde se trompe en disant que « Faire sauter les deux Chambres du Parlement britannique et Big Ben à l'aide d'une rame de métro pleine d'explosifs fabriqués à la maison est une tâche réservée aux méchants de cinéma. »
Et l’on oublie trop souvent que la démocratie n’est pas née sur une table proprette. Notre « Liberté, liberté Chérie » est née à coup de Guillotine et de sang impur abreuvant les sillons. Les Etats-Unis sont nés, comme la si bien montré Scorsese dans son Gang of New York, dans le sang et la boue, c’est après trois guerres et une Europe exsangue qu’est née l’Union Européenne. Et s’il y a eut cette révolution des oeuillets, si chère à Maria de Medeiros[5], ce n’est, ne nous y trompons pas, l’exception qui confirme la règle. Pour Sartre, « tout est guerre, (…) même la paix, la splendeur du monde, la grâce des corps ou le secret des visages sont imprégnés de cette violence constitutive. ». Et c’est parce que V. nous rappelle que notre monde trouve sa source dans cette violence qu’il pose problème.
Ce V. qui, aux premières images ne nous inspire qu’une certaine méfiance – il faut l’avouer, son entrée en scène est un ratage complet – finit par séduire lorsque l’on découvre sa demeure, sorte de caverne d’Ali Baba qui tient autant d’un musée que d’un vieux grenier, avec ces piles de livres de bouquiniste, ces vieilles armures, son juke-box. Un petit lieu plein de nostalgie et de bonheur. Alors on ne résiste plus à son hôte, ce nihiliste, romantique et mystérieux, qui joue avec ce masque, qui pourtant nous semblait si ridicule quelques minutes plus tôt, et qui nous apparaît alors si évident à chaque plan, tour à tour, rassurant, inquiétant, terrifiant, joyeux ou mélancolique. Ce héros, qui comme les Batmans et Zorro qui ont marqué notre enfance et nos récente soirées de cinéma, lutte en marge de la loi. Le Justicier luttant, en marge de la loi, contre un état corrompu, lorsque les autorités ne peuvent plus rien, tout le monde en a un jour pris un comme modèle. Il est donc logique d’être séduit par ce V contre big brother, quoique…
Il y a, dans cet état fasciste, de l’Hitler et du Berlusconi, du Mussolini et du Bush. Amalgame facile et c’est sûrement le plus gros grief que l’on pourra faire à ce film. Là où Orwell dans 1984, ou encore Huxley dans le meilleur des monde ou Terry Gilliam dans Brazil nous parle du totalitarisme, les frères Wachowski, bien que l’histoire se déroule dans un hypothétique Londres, nous parle expressément de Bush et de l’administration républicaine, de la guerre en Irak et de Fox News. Plus de finesse aurait donné au film sûrement plus de portée. Voilà le reproche que l’on trouverait à faire. Mais l’on oubliera cette fausse note.
Il reste de très bons seconds rôles, une réalisation, parfois un peu trop stylée, mais efficace et qui sert le récit, pour finir de nous emballer. De l’action, juste ce qu’il en faut. Surtout quantité de grands moments de cinéma, les chiffres romains sur les portes de prisons, la sortie de Evey hors de la prison, ce dernier baiser qu’elle laissera sur le masque de céramique.
Et surtout cette fin, superbe, de ce Londres empli de tous ses hommes masqués, indifférentiables, qui ne sont pas sans rappelé « The Wall » d’Alan Parker. Explosion des images et de la musique alors que tombe tous les masques, ces regards tournés vers la caméra et qui nous interroge. Cette fin n’est pas sans rappeler celle du Crépuscule de Dieux[6], dans la mise en scène de Patrice Chéreau. Alors que Brünehilde se jette dans les flammes qui montent au Walhalla, détruisant les dieux et une époque, le chœur, ce peuple « asservi et manipulé » dira Patrice Chéreau, se tourne vers le public, l’un après l’autre, d’un air interrogateur. « Fin optimiste, fin pessimiste, là n’est pas la question » dira Pierre Boulez. En effet, ce monde de la mort de Dieu, on aurait bien tort de s’en réjouir[7]. Brünehilde livre aux Hommes un monde libéré des idéaux et des doctrines, pour le meilleur et pour le pire. Le monde moderne est sans moral, il sera ce que nous en ferons.
Ici, le corps inanimé de V. remplace dans le bûcher celui de Siegfried, le peuple Londonien remplace le chœur de Wagner, Big Ben remplace le Walhalla, et c’est Nathalie Portman qui déclenche le grand incendie, avec un symbole s’écroule un monde, en naît un nouveau.
[1] Cité par Alain Finkielkraut – Une Voix vient de l’autre rive. [2] Philip K. Dick – Le Maître du Haut Chateau. [3] Michel Houellebecq – La Possibilité d’une île. [4] Point intéressant dans ce film, il est dit qu’il y aurait deux moyens d’attaquer le parlement : par une attaque aérienne ou par le métro. Référence directe au 11 septembre, et qui différencie ainsi ce V. des Kamikazes islamistes. [5] Capitaine d’Avril de Maria de Medeiros, sur la révolution au Portugal. [6] Der Ring des Niebelungen, Wagner. Direction de Pierre Boulez, Mise en Scène de Patrice Chéreau. Disponible en DVD chez Deutsch Gramophon. [7] Nietzsche – Ainsi parlait Zarathoustra. |
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